Le point sur les discussions en cours à propos de la suppression des avoués.
Ce que le Président voulait, le Président l’a eu : qu’on lui suggère officiellement de supprimer les 444 avoués français.
Commandée par Monsieur Nicolas Sarkozy lors de son allocution à l’occasion de l’installation de la commission sur la libération de la croissance (« Il faut mettre fin à des rentes de situation que rien ne justifie aujourd’hui »), la proposition 213 du rapport Attali (« Supprimer totalement les avoués près les cours d’appel ») produit ses premiers effets.
Actuellement à la Chancellerie, où, paraît-il, on se demande s’il y a un pilote dans l’avion, certains se sont discrètement mis au travail. Dommage qu’ils travaillent dans leur coin ! Les professionnels du droit concernés par cette question auraient pu depuis longtemps les inviter à modifier quelque peu les prémisses de leur réflexion.
La synthèse qui suit veut aider objectivement les apprentis sorciers à ne pas céder à la tentation des « fausses bonnes idées ». On va tout d’abord démontrer, sur la forme, que la suppression du métier d’avoué est impossible. Sur le fond, on conviendra ensuite que cette mesure, loin d’être une condition de libération de la croissance, est socialement dangereuse et provoquerait une désorganisation des Cours d’appel.
Au passage, on n’hésitera pas à établir le caractère diffamatoire du contenu de la proposition 213 du rapport Attali.
L’IMPOSSIBILITE DE LA SUPPRESSION DES AVOUES.
Petit rappel.
L’avoué est un officier ministériel investi d’une mission de service public qui le rend responsable de l’opportunité et de la recevabilité de l’appel, de la rédaction des écritures contenant les moyens de fait et de droit de nature à entraîner la conviction de la Cour. L’avoué est seul obligatoire devant la Cour d’appel pour représenter les parties, contrairement aux idées reçues. L’avoué est également garant du bon déroulement du procès en appel, du respect des délais et du principe du contradictoire. Pour une présentation objective, simple et complète du rôle de l’avoué, de sa complémentarité avec l’avocat comme spécialiste de l’appel, de l’étendue des opérations effectuées, et de son caractère indispensable, voir plus loin (sur le fond).
L’impossibilité économique de la suppression des avoués.
Le problème est simple : les 444 avoués français qui ont acheté leur charge plusieurs centaines de milliers d’euros, le tout sous le contrôle du ministère de la Justice, voudront légitimement récupérer l’argent qu’ils ont investi (les avoués qui ont le plus de rage en ce moment, sont ceux qui viennent d’accéder à la profession et de souscrire un emprunt sur 20 ans). L’Etat, s’il veut supprimer les avoués, devra déjà débourser au moins 8 milliards d’euros. Et il n’aura pas le choix (voir l’impossibilité juridique). Ca fait cher la relance de la croissance ! Sans compter les indemnités de licenciement de 2 600 collaborateurs et secrétaires (vaste plan social, alors que le Président de la République se déplace en Moselle pour sauver 600 emplois !). Nous reviendrons plus tard, sur le fond, sur les conséquences économiques et sociales d’une telle décision politique.
L’impossibilité juridique de la suppression des avoués.
Un décret ? Une loi ?
Le second cas est quasiment inimaginable : faire voter aux parlementaires la mise au chômage de 3 000 personnes, alors que la moitié des députés est d’ores et déjà au fait des manœuvres en cours du fait des requêtes adressées ces derniers jours par les avoués, qu’ils ne pourront pas non plus voter une loi qui ne prévoit pas l’indemnisation totale des avoués à qui on supprime le gagne-pain ; sinon il s’agirait purement et simplement d’une spoliation de plus cette loi ferait (sans doute) l’objet d’un recours devant le Conseil Constitutionnel, et aussi (bien entendu) devant les juridictions européennes.
Le gouvernement ne prendra pas le risque de proposer une loi hasardeuse à l’Assemblée et au Sénat pour ôter un soi-disant frein à la croissance s’il n’est pas sûr de sa majorité.
Le premier cas serait autoritaire, et là c’est le Conseil d’Etat qui serait immédiatement saisi pour invalider cette décision, que le gouvernement ne peut prendre seul.
SUR LE FOND : CONTESTATION DES OBJECTIFS DU GOUVERNEMENT
Les reproches faits à la profession d’avoué.
Il ne faut pas perdre de vue l’objectif du gouvernement, qui se donne pour moyen la suppression des avoués : libérer la croissance. Trois reproches sont régulièrement formés à l’encontre des avoués : monopole, numerus clausus et tarif.
